Vincent avait fini par accepter la présence de Belzie à ses côtés. Il se révélait être un très bon compagnon dans ce lieu où il ne connaissait personne. Quant au maire, il n’avait pas l’air d’y voir de mystère : il voulait juste se débarrasser du chien, un point c’est tout. Belzie, lui, semblait ravi de ce transfert de propriété, trottinant désormais dans les pas de Vincent comme s’il avait trouvé son nouveau meilleur ami.
Mais Vincent n’avait qu’une idée en tête : repartir au plus vite. Il s’excusa auprès du maire, prétextant qu’il devait promener Belzie pour « l’aider à prendre ses marques », et se dirigea vers la clairière où son bimoteur reposait encore, cabossé mais entier. Enfin, c’est ce qu’il croyait.
En arrivant, il fut saisi d’effroi : une petite foule s’était massée autour de l’avion. Les habitants, visiblement fascinés, s’étaient lancés dans une sorte de démontage collectif, armés de tournevis, de pinces, et même d’un tire-bouchon pour les plus créatifs.
- Regardez-moi ça, s’exclama l’un en brandissant un morceau d’aile, c’est du solide !
- Et ce machin-là, à quoi ça peut bien servir ? demanda une dame en tapotant l’hélice du bout de son parapluie.
- On dirait la machine à laver de ma tante Berthe, ajouta un autre, admiratif.
Vincent sentit son cœur s’effondrer. Il tenta de protester, mais sa voix se perdit dans le brouhaha enthousiaste.
- S’il vous plaît, faites attention, c’est fragile !
Mais personne ne semblait l’entendre. Un gamin s’était déjà assis dans le cockpit, imitant le bruit du moteur, tandis qu’un vieil homme essayait de dévisser le tableau de bord « pour voir ce qu’il y a derrière ».
Un homme, tout fier, soufflait dans le tuyau d’échappement :
- C’est pour vérifier si ça respire bien, comme mon accordéon.
Une dame penchée sur le train d’atterrissage déclara :
- Chez nous, on mettrait des patates à germer là-dedans, c’est spacieux !
Vincent, désespéré, se pencha vers Belzie :
- Tu pourrais au moins leur grogner dessus, non ?
Belzie bâilla, puis lécha la main d’un enfant qui venait de détacher le manche à balai.
Un vieil homme, en dévissant le tableau de bord, lança :
- Pour voir ce qu’il y a derrière… On ne sait jamais, il y a peut-être des pièces d’or.
Une vieille dame subtilisa une pièce du bimoteur à Vincent :
- Oh non, mon garçon, ça ira très bien comme presse-papier pour la mairie !
Vincent jeta un regard circulaire : les maisons, les visages, tout lui semblait de plus en plus étrange, comme si le village tout entier appartenait à une autre époque… ou à un autre monde.
Il était pris au piège, condamné à partager le sort de Belzie : rester ici, qu’il le veuille ou non.
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