Frantrouille : Quand l’orage ouvre une porte vers le passé (Premier chapitre)

Le bimoteur vrombissait, résonnant dans la poitrine de Vincent Carpentier alors qu’il fixait la piste détrempée. Le ciel, d’un gris uniforme, semblait peser sur le monde, presque menaçant.

Vous seriez parti dans ces conditions ? Journaliste passionné, il devait couvrir une découverte exceptionnelle en Espagne, de l’autre côté des Pyrénées, près de Tolède : les ruines d’une cité enfouie depuis des siècles venaient d’être mises au jour. Les premières indications suggéraient qu’il s’agissait d’une ville préromaine, avec des vestiges intacts. Pour Vincent, c'était une occasion en or : être parmi les premiers à explorer ce site perdu et révéler ses secrets au monde. Vincent Carpentier n’a pas hésité une seconde 

Il obtint l’autorisation de décoller, malgré les avertissements de la tour :

- Attention, Vincent, la météo annonce un front orageux.

Il répondit, d’un ton faussement assuré, masquant son inquiétude :

- Ne vous inquiétez pas, je serai de retour avant que ça ne tourne mal.

Mais à peine avait-il quitté la terre que la lumière disparut, engloutie par les nuages bas. Imaginez : le monde devient une mer de coton sale, sans horizon. Les instruments tremblent sous vos doigts, la pluie martèle le cockpit, chaque mètre parcouru semble plus incertain que le précédent.

Puis, soudain, la tempête éclate. Des éclairs zèbrent le ciel, le vent secoue l’avion comme un vulgaire jouet. Vincent Carpentier sent la peur lui serrer la gorge. Plus de ciel, plus de sol, juste la fureur des éléments et le vertige d’un monde sans repères. 

Aveuglé, Vincent Carpentier prend une décision : il faut sortir de ce piège. Il pousse sur le manche, cherche une trouée, n’importe quoi. L’avion plonge, traverse la masse grise, jusqu’à ce qu’enfin, la lumière filtre à nouveau.

Mais ce n’est pas la lumière du jour : c’est celle d’un paysage inconnu, baigné d’une clarté étrange. Sous lui, la garrigue s’étend à perte de vue, parsemée de rochers, de pins tordus, de champs d’oliviers et de buissons odorants. Vincent Carpentier croit reconnaître les paysages du Midi de la France : la terre ocre, le vert sombre des cyprès, la lumière sèche et dorée. Pourtant, il sait qu’il a franchi la frontière : est-il en Espagne, ou a-t-il été ramené, par miracle ou par erreur, dans une Provence familière ?

Pas de piste, pas de village, juste une clairière entre les arbustes et les pierres blanches.

Vincent Carpentier n’a pas le choix. Il coupe les moteurs, serre les dents, et pose son bimoteur dans un fracas de branches et de terre.

Le silence retombe, seulement troublé par le cliquetis du métal refroidissant. Vincent Carpentier sort, hébété, et contemple ce monde perdu. Pas de signal radio, pas de route, rien que le vent chargé de l’odeur du thym, du romarin et de la terre humide.

À cet instant, il comprend : il vient d’atterrir dans un lieu où aucune carte ne le guidera.

Ici, tout reste à découvrir… et peut-être, à comprendre.

Derrière la tempête commence peut-être la véritable aventure – et le reportage dont il n’avait jamais rêvé.

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