Vincent se surprit à fixer Belzie, le chien du maire, avec une méfiance croissante. Pourquoi cet homme, si jovial en apparence, tenait-il tant à s’en débarrasser ? Pourquoi cette insistance presque pressante, ce sourire trop large, ce regard qui semblait guetter sa réaction ?
Il hésita, cherchant une échappatoire, mais l’atmosphère du bureau, lourde d’un silence oppressant, les regards des premiers habitants croisés – des visages fermés, des yeux qui le suivaient – et ce village figé hors du temps lui donnaient l’impression d’être déjà pris au piège. Tout ici semblait obéir à des règles qui lui échappaient, comme si chaque pierre, chaque arbre murmurait un avertissement.
En caressant distraitement la tête de Belzie, Marc sentit le poids de la décision. Son cœur battait plus fort, une sueur froide coulait dans son dos. Avait-il vraiment le choix ? Il finit par acquiescer, d’un geste résigné :
- Très bien… Je vais m’occuper de lui.
Mais dans son esprit, mille questions tournaient. Et si Belzie n’était pas un chien ordinaire ? Dans tant de récits étranges, l’animal est gardien ou guide, parfois même porteur d’une malédiction.
Et si posséder Belzie signifiait ne plus jamais pouvoir quitter ce village, ou devenir le dépositaire d’un secret dangereux ? Le maire, prisonnier de cette règle, aurait alors tout intérêt à transmettre ce fardeau à un nouvel arrivant naïf.
Ou alors, était-ce un test ? Un rite d’initiation imposé à tous ceux qui arrivaient ici ? Refuser le chien, c’était rester étranger ; l’accepter, c’était entrer dans un jeu dont Vincent ignorait les règles, mais dont il pressentait déjà le danger.
Enfin, et si le maire, sous ses airs bonhommes, cherchait à le protéger ? Belzie, fidèle compagnon, pouvait être un avertissement déguisé : « Tu n’es pas ici par hasard, et tu n’es pas libre de repartir. » Le chien devenait alors le symbole d’un piège qui se refermait lentement.
Vincent sentit une tension sourde s’installer, une ombre qui grandissait dans son esprit. Il n’avait pas seulement accepté un chien… Il venait d’entrer dans un mystère dont il ne mesurait pas encore la portée.
Pourtant, dans la lumière du matin, alors que Belzie courait joyeusement dans la cour, Vincent se surprit à sourire. Après tout, peut-être que Belzie n’était qu’un chien ordinaire, et que toutes ses peurs n’étaient que le fruit de son imagination, nourrie par les mystères de ce village hors du temps.
Il s’accroupit alors, chuchotant à l’oreille du chien :
- Bon, toi et moi, on va essayer de survivre ici. Si tu sais où on cache la clé des champs, tu me fais signe, d’accord ?
Belzie lui répondit par un aboiement joyeux.
Vincent soupira.
- Génial. Même le chien se moque de moi.
Un peu plus tard, alors qu’il croisait une vieille dame au regard perçant sur la place du village, celle-ci l’arrêta d’un ton mi-figue mi-raisin :
- Alors, c’est vous qui avez hérité de Belzie ?
Vincent, mal à l’aise, tenta l’humour :
- On dirait bien… Il y a un manuel d’utilisation, ou je dois improviser ?
La vieille dame esquissa un sourire énigmatique.
- Oh, il suffit de le suivre. Mais attention, parfois, c’est lui qui mène la danse.
Le soir venu, seul dans la petite maison prêtée par la mairie, Vincent s’adressa à Belzie, mi-sérieux, mi-amusé :
- Bon, Belzie, si tu es un démon déguisé, c’est le moment de me le dire. J’ai déjà eu une journée compliquée.
Belzie bâilla, s’étira et s’étala de tout son long sur le tapis.
Vincent ne put s’empêcher de sourire.
- Parfait. Même les créatures surnaturelles ont besoin d’une sieste.
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